lundi, 10 juillet 2006

On s'en foot, on a le tennis !

medium_wimbly05-2006.jpgElle n'aura certainement pas droit à un déjeuner élyséen ; elle ne remontera pas les Champs-Elysées sous les cris admiratifs d'une foule en délire ; elle n'accrochera nulle médaille honorifique à son torse fier ; elle ne sera pas célébrée par le pays comme une héroïne tricolore ; elle ne fera pas pleurer dans les chaumières....

Et pourtant elle, elle a gagné !

Pourtant, ce bout de femme-là vient de remporter la plus belle des victoires ce samedi. Une victoire historique pour le sport français. 81 ans après la légendaire Suzanne Lenglen, Amélie Mauresmo a triomphé en Angleterre, dans le temple des temples du tennis mondial, sur le court central du All England Club de Wimbledon. Sans se prendre la tête, et sans la perdre ! Carton vert à Amélie pour cette merveilleuse victoire sur herbe ! Chapeau bas l'amie, et joyeux anniversaire !

vendredi, 16 juin 2006

Rire jaune

Envie de m’adonner à de sinistres jeux de mots bibliothéconomiques :

Je me serais bien contenter d’un travail de désherbage des collections ; mais puisqu’on ne veut pas de moi, je vais aller cultiver mon jardin.

Je n’ai pas la cote ; mais quel est donc mon indice Dewey que je puisse enfin me ranger ? 

Restons unis, Marc ! 

Je sais : je touche le fonds patrimonial.

jeudi, 15 juin 2006

De dépit

C------, le 9 juin 2006  

Madame, 

Je vous remercie de l'intérêt que vous avez bien voulu porter à notre demande en vous présentant à notre jury.

En dépit de la qualité de votre candidature, nous sommes au regret de ne pouvoir lui donner une suite favorable, votre profil ne correspondant pas exactement au poste défini. 

Néanmoins, nous nous permettons de garder votre curriculum vitae dans notre fichier interne et ne manquerons pas de reprendre contact avec vous si une nouvelle opportunité se présentait.

Vous souhaitant bonne chance dans la poursuite de votre recherche. 

Je vous prie de croire, Madame, en l'expression de mes salutations distingués. 

 

Voilà la bafouille que je reçus ce matin de la mairie de C--------, charmante ville de l’Oise où je passai un entretien il y a quinze jours pour un poste d’assistant en bibliothèque.

Ce type de lettres, j’en reçois tous les mois depuis décembre, c’est à dire, pour être précise, depuis que je suis lauréate du concours d’assistant de conservation du patrimoine des bibliothèques et qu’à ce titre, je me permets de répondre aux offres d’emploi y correspondant.

J’ai néanmoins trouvé que cette lettre comportait une petite singularité dans sa formulation, le « votre profil ne correspondant pas exactement au poste défini » laissant entendre que peut-être je n’étais pas passée loin, qu’il ne me manquait pas grand-chose. Alors j’ai voulu savoir….. Je téléphonai cet après-midi à la Direction des Ressources Humaines de la ville de C------ et demandai à la charmante demoiselle qui me répondit si elle pouvait me donner quelque détail sur les motifs de leur refus. Grand bien m’en prit ! Sachez, gentes dames et nobles messieurs, que ces choses-là ne se disent pas, qu’elles sont classées confidentielles et qu’un candidat malheureux n’a pas le droit de les apprendre, que ça ne le regarde pas, qu’il n’a qu’à ronger son frein dans son coin sans emmerder le monde qui tourne bien sans lui ou qu’il continue à jouer les pierres qui roulent n’amassent pas boulot d’un entretien l’autre sans poser de questions, et s’il n’est pas content, c’est le même prix,  il n’a qu’à aller se pendre le candidat.

Bien sûr, j’exagère un peu, la petite dame ne m’a pas parlé ainsi, mais, dans sa voix, dans le ton agacé de sa voix, je vous assure que tout ça y était ! Comme je suis une brave jeune femme bien éduquée (gentil le chien-chien, couché !), je dis merci et raccrochai, puis j’allai enfoncer mon poing dans le mur le plus proche. 

Alors quoi ? Mais qu’est-ce que j’ai à la fin ? J’ai pourtant des diplômes, un grand sens des responsabilités (une ancienne chef d’entreprise de 29 ans, ce n’est quand même pas courant), une polyvalence hors norme et une capacité d’adaptation avérée, une culture plutôt supérieure à la moyenne nationale, et en plus j’ai réussi le concours pour ce genre de postes. Qu’est-ce qu’il me faut de plus ?

J’en viens vraiment à me dire que c’est mon profil gauche qui ne convient pas. 

Les concours de la Fonction Publique Territoriale sont une escroquerie de l’Etat. 

Deee-pitée 

mardi, 13 juin 2006

Râler

medium_shouting.gifEntre les cours particuliers prodigués consciencieusement à d'infâmes djeuns ignares doublés d'indécrottables fainéants, l'active recherche d'un emploi moins précaire (et moins désolant moralement) et les épreuves écrites d'un énième concours de la (Dys)Fonction Publique, vous comprendrez pourquoi ces dernières semaines je fus tenue éloignée de ce blog.

Parfois j'ai juste envie de crier un bon coup "Raaaaaaaaagh", non pour signifier un quelconque découragement, -car non, trois fois non, je ne renoncerai pas, je ne baisserai pas les bras, je garderai la tête haute et les poings serrés face à l'adversité et contre la mauvaise fortune qui s'acharne- mais plutôt pour montrer toute la combativité, la rage, la presque haine qui agitent mes entrailles et dont, par délicatesse, je dois étouffer chaque jour davantage les remugles nauséabonds ; j'ai envie de crier "Raaaaaaaaagh" comme un poilu qui jaillirait furieusement hors de la tranchée,  la baïonnette au poing,  prêt à en découdre avec l'ennemi invisible qui l'accule à ce retranchement honteux.

Mais 1) J'ai une bronchite - le sort s'acharne - et la gorge donc bien trop fragile pour pousser le moindre grognement sonore ; 2) Je n'ai toujours pas déterminé à qui ou quoi je dois adresser mon cri ; 3) Il fait bien trop chaud pour s'agiter.

Subséquemment, j'attends !!

La vie est courte, mais Dieu que le temps est long.

 

lundi, 15 mai 2006

Interlude musical

Dispersion totale....

Pour passer le temps, savourez :

medium_butler.jpg

John Butler-Ocean

jeudi, 06 avril 2006

Devinette (trouvée dans des mots croisés)

Qui saura trouver le mot correspondant à la définition suivante ?

Ouvrir un poulet

Indice : c'est un verbe du premier groupe. (J'en dis trop)

Le gagnant recevra par la poste... euh.... rien ; mais à lui le triomphe, l'honneur, la gloire éternelle !

 

Foi

Les visages peuvent s’effacer, emportés par le cortège des ombres de l’Oubli ; mais les voix restent, retentissent encore et encore chaque fois qu’on les convoque pour un concert de la Mémoire ; et les chansons et la prière que la voix douce scandait jadis, éternels, résonnent dans le cœur, écho d’un amour que la séparation n’a pas aboli, qu’elle a juste reporté à plus tard, dans un Ailleurs des âmes en paix. 
 
Au moment du coucher, ma grand-mère me chantait ces refrains:
 
Ferme tes jolis yeux
Car les heures sont brèves
Au pays merveilleux
Au doux pays des rêves
Ferme tes jolis yeux
Car tout n'est que mensonge
Le bonheur est un songe
Ferme tes jolis yeux…
 
Deux petits chaussons de satin blanc
Sur le cœur d'un clown dansaient gaiement
Ils tournaient, tournaient, tournaient, tournaient
Tournaient toujours
Plus ils tournaient, plus il souffrait du mal d'amour
Deux petits chaussons et par dessus
Les plus jolis yeux que l'on ait vus
Sous de longs cheveux légers, légers
Et qu'il était bien obligé d'aimer….
 
Et puis le sommeil venait avec la prière des tout petits :
 

Veillez sur moi quand je m'éveille
Bon Ange, puisque Dieu l'a dit
A chaque nuit quand je sommeille
Penchez-vous sur mon petit lit.
Ayez pitié de ma faiblesse
A mes côtés marchez sans cesse
Parlez-moi le long du chemin
Et pendant que je   vous écoute
De peur que je ne tombe en route
Bon Ange, donnez-moi la main.

jeudi, 30 mars 2006

Basic Instinct 2 : NO risk addiction

medium_riskaddiction.jpgCatherine Tramell version 1.0 était un personnage fascinant, trouble, nuancé, oscillant entre ombres et lumières, et qui pouvait passer des registres de l’érotisme le plus torride au pathétique le plus poignant, instillant le doute, dans l’esprit du spectateur abasourdi, sur sa nature maligne.
Je me souviens qu’en 1992, quand je vis le Basic Instinct de Paul Verhoeven, j’avais mis quelques minutes à sortir de la salle de cinéma. Complètement bluffée par la scène finale, je refusais d’admettre l’évidence de la culpabilité de Catherine, et par là même refusais l’idée que j’avais été, moi spectatrice avertie, totalement manipulée par le réalisateur et bernée par la beauté fatale de Sharon Stone.
Catherine Tramell version 2.0 a tout perdu de sa subtilité machiavélique : on ne s’attendrit jamais devant elle ! Même si, comme dans le premier opus, on ne la voit jamais s’adonner aux joies du meurtre gratuit, on la sait derrière chaque machination, on la voit tirer les ficelles de ses ridicules marionnettes sanguinolentes. La Catherine Tramell 2006 n’est plus qu’une furie brutale et effrayante, un monstre arrogant et outrageusement provocateur dont on souhaiterait presque voir l’élimination  à la fin de cette suite désastreuse.
 
medium_gherkin.jpgEt puis ce film est fatigant de redites. Il n’y a pas une scène qui ne soit un re-suçage insipide du film de Verhoeven. La course fatale dans un bolide dernier cri, l’interrogatoire policier, le passage obligé en discothèque, les multiples interdictions de fumer qui sont opposées à Catherine, jusqu’à la phallique tour Gherkin qui n’est pas sans rappeler la Transamerica Pyramid de San Francisco… tous ces clins d’œil lourds et inutiles prêtent à sourire amèrement.
 
Enfin, il faut bien le souligner, la prestation des acteurs est loin d’être brillante. Sharon Stone est impeccable certes -quoique ses talents avérés d’actrice eussent mérité mieux que d’avoir à jouer une Catherine Tramell  diminuée, réduite à la simple expression de la folie-  mais on ne peut que sourire de David Morrissey, aussi fade qu’un pudding sans raisins et charismatique comme un flanc gélatineux anglais,  ou de Charlotte Rampling, cantonnée à un second rôle aussi inutile que désespérant de naïveté.
 
Rien vraiment ne sauve cette suite infâme. Les fans de Sharon Stone ne pourront pas même (se ré)jouir  devant le spectacle affriolant de sa nudité. Expurgé au montage d’un grand nombre de scènes jugées trop sulfureuses, le film n’a gardé  que quelques séquences érotiques bien fades où ne  traînent qu’un ou deux bouts de seins (siliconés)  et de cuissot encore ferme.
 
Conclusion : à éviter.
 
medium_spyker_c8_laviolette.jpgCe qu’on a quand même apprécié : la Spyker C8 Laviolette, qui finit dans la Tamise à la fin de la première scène ; les jambes de Sharon Stone ; l’appartement clair-obscur de Catherine dont le salon  expose une splendide toile d’Egon Schiele ; les costumes de Sharon Stone, dignes d’un défilé haute couture.
 
Ce qu’on a détesté : David Morrissey ; l’excès de sophistication ; les redites ; qu’on nous prenne pour des cons.

mercredi, 29 mars 2006

Yann

medium_yannengus.jpg

Nous nous retrouverons ce soir à Lille, pour un rendez-vous que seule justifie notre commune passion pour les belles jambes effilées de Sharon Stone ; bien loin donc de tous critères cinématographiques. Le film sera mauvais sans doute, mais en sortant de la séance, Yann, en admirateur inspiré de la mode et de la haute couture, réaffirmera probablement son idée selon laquelle les femmes occidentales, chanceux bipèdes de la Création, disposent d’une telle liberté en matière d’extravagance vestimentaire que tout homme sain d’esprit devrait les envier. Une idée bien contraire aux conclusions d’Eric Zemmour qui, dans son Premier Sexe, s’en prend aux hommes comme Yann, ceux qui, hétérosexuels ou homosexuels qu’importe, collaborent à la féminisation de nos décadentes sociétés.
Je crois qu’avant de rencontrer Yann, il y a tout juste dix ans aujourd’hui, je n’avais jamais pensé que les femmes disposaient d’un quelconque avantage sur les hommes.

C’était un soir de mars, aux alentours de 23h.
Stéphane, mon petit frère rêvé, nous avait organisé une petite virée dans ce qui était encore pour moi un monde inconnu : le monde de la nuit et des ombres dansantes. Nous devions retrouver dans un haut lieu de perdition noctambule lillois les amis d’une de ses camarades de la fac de psychologie.
Ce soir là je m’épris (me mépris ?) d’une ombre autochtone qui avait les yeux clairs d’un lac de montagne ; je tournai la première page d’un nouveau roman, qui allait durer quelques années et m’entraîner en somnambule de frasque nocturne en frasque nocturne dans un certain nombre de métropoles européennes, pour mieux refermer les pages du livre de mon enfance obscure.
Yann était là. Je ne me souviens pas des quelques mots que nous pûmes échanger ce soir-là, mais je sais que lorsqu’il me rappela quelques jours plus tard et me proposa d’aller prendre un verre avec lui, je n’en fus pas étonnée.
C’est là que notre amitié se noua, inextricablement….

J’ai longtemps tenu les comptes de ses amours. Lui vivait très vite, et moi, rêveuse impénitente, je me contentais souvent d’imaginer. La vie des uns et des autres me servaient souvent de prétexte à l’inertie. Celle de Yann, bien remplie, transforma ma mémoire en véritable registre d’état civil de ses amours ; j’écoutais ses aventures, enviais ses incroyables pérégrinations sentimentales, puis consciencieusement gravais les noms de ses rencontres passagères sur la stèle amoureuse que j’avais dressée pour lui dans ma mémoire.
Il le remarqua le jour où, me parlant d’un ancien amour, je corrigeai spontanément l’erreur qu’il commit sur le prénom.
« Mais tu vas finir par savoir mieux que moi…. »
Et oui, à l’époque, n’ayant rien à vivre et beaucoup trop à rêver, je savais certainement mieux que lui.

Je dois à Yann un grand nombre de rencontres amicales. Curieux de tout et de tous, généreux à l’extrême, bienveillant à la limite parfois du paternalisme, sa maison a toujours ressemblé à un hall de gare où se croisent de bien étranges voyageurs. Il eût été fort improbable que je rencontrasse Albane, Erik, Tanguy –et combien d’autres encore ? - sans ce formidable intercesseur.
Et au-delà de ces rencontres importantes, je crois que j’ai surtout appris à ses côtés à me moins méfier des autres, à accueillir leurs différences, à m’en nourrir, à en grandir.

Alors aujourd’hui que nous fêtons les dix ans de notre amitié, je veux juste lui dire un grand merci.
Merci d’avoir su voir au-delà du mutisme de mes vingt ans et de m’avoir accueillie dans sa fratrie ; merci d’être resté pas loin, en grand frère bienveillant, pendant toutes ces années ; merci pour ses belles leçons d’humanité et de partage ; merci pour son constant soutien et ses encouragements dans les moments pénibles ; merci pour la franche rigolade et pour les discussions métaphysiques innombrables ; merci pour les souvenirs des jolies choses…

Je rempile !!!

mercredi, 22 mars 2006

Rosée

Des milliers d’yeux brillent

sur l’herbe grasse

- Aube habitée
medium_herbe3.jpg

mardi, 21 mars 2006

Simply the best

Depuis novembre elle a remporté cinq des huit tournois auxquels elle était inscrite, avec dans le lot la couronne des Masters et son premier Graal Grand Chelem en Australie.

Sur son passage, elle a laminé quelques adversaires de taille et causé quelques dégâts physiques (cheville bousillée pour Clijsters en demi-finale à Melbourne Park, estomac dans les talons pour Henin en finale du même tournoi, élongation du pied pour Pierce en finale de l'Open Gaz de France...) prouvant par là sa supériorité tennistique, mentale ET physique.

medium_simply.jpg

Ma copine Isa, mauvaise langue comme à son habitude, dira sans doute que son staff technique a sûrement découvert une nouvelle substance miracle, ou qu'on lui aura enfin présenté un génial sick-analyst pour exorciser ses démons, mais cette fois, nous ne répondrons pas aux petites provocations : les insidieux commentaires de cette immuable fausse sceptique seront sans effet. Rien ne viendra gâcher notre plaisir.

Amélie est n°1, et ce n'est que juste récompense ! She's simply the best !  Cocorico !!!

mercredi, 08 mars 2006

Femmes, je vous...

medium_fatalest.jpgC’était la journée de la femme aujourd’hui il paraît. La journée de la femme, mouais,  pauvre bonne femme, c’était sa fête quoi ! Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu comme âneries sur la femme en ce jour ! Et la plus grosse de toute : Chirac à l’Elysée qui exige la parité au gouvernement, presque péremptoire le gars, et qui semble oublier qu’il est en poste depuis onze ans, que c’est lui le zig qui a accepté des différents premiers ministres -par lui choisis- les dernières compositions des cabinets ministériels. Ah le fourbe ! Et il veut nous la faire ? Quelle blague ! Tiens, rien que pour lui, on aurait dû la situer, la journée de la meuf, aux alentours du 1er avril !

Et pendant ce temps-là, Robert Lepicolo, qui avait bien noté cette date capitale,  lui a bien fait sa fête à sa femme,  comme il se doit, en bon mari qu’il est : il a cogné deux fois plus fort que d’habitude, elle a eu le droit à une double ration sa vénarde (j’allais écrire vénale) de femme. Ben ouais quoi ! c’était pas un jour ordinaire quoi !  fallait y mettre du cœur à l’ouvrage quoi ! Sacré Robert ! L’a tout compris. Bas ta femme tous les matins, si tu sais pas pourquoi, Dieu te le rendra. Et un jour comme ça, ben ma foi,  il sait bien pourquoi il a cogné le Robert, la journée de sa femme, m’enfin, tu penses bien, et puis merde quoi, la salope,  qu’est-ce qu’ils ont tous à le bassiner avec sa femme ?

lundi, 06 mars 2006

Hubert Haddad, L'Ami Argentin.

Demain j'ai rendez vous avec mon nouveau dealer libraire, un petit jeune homme pâle d’une inspiration insolite, inattendue, inespérée puisque qu’il a choisi d’établir son établissement de papier, Un Pas de Côté, dans ma misérable petite cité d’illettrés congénitaux. Lui rendant une première visite de courtoisie la semaine dernière et trouvant sa librairie fort à mon goût – un pas de côté, oui, car un pas à côté du droit chemin ordinaire de mes concitoyens de B.- je lui commandai le dernier ouvrage d’Hubert Haddad, Nouveau Magasin d’Ecriture, dont Alina Reyes fit un si vibrant éloge récemment sur son blog qu’elle me donna l’envie –irrésistible, car je suis faible- d’en découvrir par moi même la teneur. 
J’aurai donc l’occasion d’en reparler dans les prochaines semaines ou les prochains jours, mais avant cela, et parce que vous êtes tous bien gentils de me lire, je vous offre en exclusivité quelques lignes d’Hubert Haddad, glanées dans un court récit de 1992, L’Ami Argentin, publié chez Dumerchez.
Dans ce livre, Haddad nous raconte « scrupuleusement », dans une prose sublime qu’anime un souffle poétique à la fois doux et troublant, et avec un souci du détail pictural digne de son sujet,  les années de formation du peintre argentin Guillermo Roux auprès du fresquiste italien Umberto Nonni, chargé à l’époque de la restauration de monuments sacrés que la seconde guerre mondiale avait pour le moins ravagés.
 
« Le dessin est à la peinture ce qu’est l’escrime au corps à corps : un art meurtrier de la distance qui, par cent variétés d’attaque, épingle le modèle coup par coup. »
 
« Les longues distances secrètent l’étrangeté ; une distorsion modifie les tissus mêmes de la mémoire, provoquant une sorte de nostalgie instantanée, peut-être liée à l’intime fabrication de l’exil. Le voyage suscite cette anxiété de l’attente sur fond de dépossession, espérance que les gares et les embarcadères ne cessent d’encalminer. »
 
« Guillermo goûtait à l’exil en esthète ; l’éloignement rafraîchit la mémoire et met en perspective les nuits et les jours. Il s’enchantait brusquement d’être ailleurs et considérait avec une légère stupeur les arbres et les chaussées lavées d’octobre – rien n’était vraiment différent, hormis la couleur mourante des feuilles et le vol des hirondelles dans le ciel du lac. Leurs cris éperdus l’émouvaient sans qu’il sût pourquoi. Il n’y a pas d’hirondelles à Buenos Aires et l’automne est moins prodigue en ors d’agonie. »
 
« « Les Egyptiens, bien avant les Romains de Pompéi et même les Crétois de Cnossos, savaient poser sur le mortier frais les couleurs diluées dans la chaux. Néanmoins les grands maîtres sont les Florentins, Giotto, Masaccio, Piero della Francesca ! As-tu visité Florence ? Non ? Des souvenirs difficiles m’y attachent, mais je t’y mènerai si le temps nous y aide. Ah ! Masaccio ! Il a ouvert le théâtre giottesque aux figurants de l’histoire en accomplissant le miracle profane de la perspective… J’adore les pieds de cochon piquants en dépit de ma santé. Les plus grands maîtres furent avant tout des disciples ; ils eurent d’abord le génie de la tradition. Oh ! Quelles coliques ! » »
 
« Guillermo admirait l’application du professeur qui, penché sur des splendeurs éteintes, semblait rappeler l’image de sable à l’existence, du bout de ses doigts, avec une patience divinatoire. A ces moments religieux, le vieillard perdait son aspect d’homme du siècle, professeur sans grand renom et artiste que sa passion même handicape. Sur le chantier, il devenait pareil aux maîtres du Quattrocento venus de Venise ou de Padoue. Bientôt échevelé, la blouse maculée, une telle tension l’habitait qu’il se dépouillait du grime de l’époque et recouvrait un visage libre que les rides ombraient d’un génie pour le moins séculaire.»
 
«Un parfum de roses brûlées et d’encens l’arrêtait souvent dans le dédale des rues. Un dimanche matin, il s’engagea d’un pas distrait par des chemins connus avec une impression de dédoublement, comme s’il recoupait une vie arrêtée, sorte d’empreinte spectrale où perpétuer les rêves. La jeunesse est semblable au parfum recouvré d’une ville, fleur séchée dans le livre des rues. La gorge sèche, Guillermo se dirigea vers la maison du professeur. Le soleil d’avril sur les murs ocre semblait avoir franchi les années pour éclore, neuf comme l’instant vécu. Il hésita avant de frapper à la porte. Que voulait-il savoir au juste ? Toute vie se défait inutilement après les passions et les doutes.» 

dimanche, 05 mars 2006

Décès de Philippe Muray : l'Homo Festivus perd son plus ardent détracteur

"De cette légifération galopante, de cette peste justicière qui investit à toute allure l'époque, comment se fait-il que personne ne s'effare ? Comment se fait-il que nul ne s'inquiète de ce désir de loi qui monte sans cesse ? Ah ! la Loi ! La marche implacable de nos sociétés au pas de Loi ! Nul vivant de cette fin du siècle n'est plus censé l'ignorer. Rien de ce qui est législatif ne doit nous être étranger. "Il y a un vide juridique ! " Ce n'est qu'un cri sur les plateaux. De la bouillie de tous les débats n'émerge qu'une voix, qu'une clameur "Il faut combler le vide juridique ! " Soixante millions d'hypnotisés tombent tous les soirs en extase. La nature humaine contemporaine a horreur du vide juridique, c'est-à-dire des zones de flou où risquerait de s'infiltrer encore un peu de vie, donc d'inorganisation. Un tour d'écrou de plus chaque jour! Projets ! Commissions ! Mises à l'étude ! Propositions ! Décisions ! Élaboration de décrets dans les cabinets ! Il faut combler le vide juridique ! Tout ce que la France compte d'associations de familles applaudit de ses pinces de crabe. Comblons ! Comblons ! Comblons encore ! Prenons des mesures ! Légiférons !
... Saintes Lois, priez pour nous ! Enseignez-nous la salutaire terreur du vide juridique et l'envie perpétuelle de le colmater ! Retenez-nous, ligotez-nous au bord du précipice de l'inconnu ! Le moindre espace que vous ne contrôlez pas au nom de la néo-liberté judiciairement garantie est devenu pour nous un trou noir invivable. Notre monde est à la merci d'une lacune dans le Code ! Nos plus sourdes pensées, nos moindres gestes sont en danger de ne pas avoir été prévus quelque part, dans un alinéa, protégés par un appendice, surveillés par une jurisprudence. " Il faut combler le vide juridique ! " C'est le nouveau cri de guerre du vieux monde rajeuni par transfert intégral de ses éléments dans la poubelle-média définitive. (…)
......... " Le plus grand malheur des hommes, c'est d'avoir des lois et un gouvernement", écrivait Chateaubriand. Je ne crois pas qu'on puisse encore parler de malheur. Les jeux du cirque justicier sont notre érotisme de remplacement. La police nouvelle patrouille sous les acclamations, légitimant ses ingérences en les couvrant des mots " solidarité ", "justice", "redistribution". Toutes les propagandes vertueuses concourent à recréer un type de citoyen bien dévot, bien abruti de l'ordre établi, bien hébété d'admiration pour la société telle qu'elle s'impose, bien décidé à ne plus jamais poursuivre d'autres jouissances que celles qu'on lui indique. Le voilà, le héros positif du totalitarisme d'aujourd'hui, le mannequin idéal de la nouvelle tyrannie, le monstre de Frankenstein des savants fous de la Bienfaisance, le bonhomme en kit qui ne baise qu'avec sa capote, qui respecte toutes les minorités, qui réprouve le travail au noir, la double vie, l'évasion fiscale, les disjonctages salutaires, qui trouve la pornographie moins excitante que la tendresse, qui ne peut plus juger un livre ou un film que pour ce qu'il n'est pas, par définition, c'est-à-dire un manifeste, qui considère Céline comme un salaud mais ne tolérera plus qu'on remette en cause, si peu que ce soit, Sartre et Beauvoir, les célèbres Thénardier des Lettres, qui s'épouvante enfin comme un vampire devant un crucifix quand il aperçoit un rond de fumée de cigarette derrière l'horizon.
... C'est l'ère du vide, mais juridique, la bacchanale des trous sans fond. A toute vitesse, ce pseudo-monde en perdition est en train de recréer de bric et de broc un principe de militantisme généralisé qui marche dans toutes les situations. Il n'y a pas de nouvelle inquisition, c'est un mouvement bien plus subtil, une montée qui sourd de partout, et il serait vain de continuer à se gargariser du rappel des antiques procès dont furent victimes Flaubert ou Baudelaire : leur persécution révélait au moins une non-solidarité essentielle entre le Code et l'écrivain, un abîme entre la morale publique et la littérature. C'est cet abîme qui se comble chaque jour, et personne n'a plus le droit de ne pas être volontaire pour les grands travaux de terrassement. Qui racontera cette comédie? Quel Racine osera, demain, composer les Néo-Plaideurs? Quel écrivain s'échappera du zoo légalitaire pour en décrire les turpitudes ?"

Philippe Muray, L'envie du pénal in Exorcismes Spirituels I, 1997, Les Belles Lettres

samedi, 04 mars 2006

Parodies : Madonna forever yours...

Merci à Tanguy pour ces deux liens, quel fou rire !!

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Je danse donc je suis.

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Tout le monde n'a pas la souplesse de Madonna (ça se saurait)